Maladie du figuier : traitement bio ou chimique, que choisir pour son jardin ?

Des taches sur le feuillage, des fruits qui tombent avant maturité, une écorce qui se boursouffle : face à une maladie du figuier, la première question qui se pose au jardinier est celle du traitement. La réponse dépend moins d’une préférence personnelle que du cadre réglementaire actuel et de ce que la science du sol nous apprend sur les fongicides cupriques.

Loi Labbé et figuier : ce que les particuliers peuvent encore utiliser

Depuis l’extension de la loi Labbé en 2019 et ses ajustements ultérieurs, la liste des produits phytosanitaires autorisés au jardin pour les particuliers s’est considérablement réduite. La base E-Phy de l’Anses, mise à jour en 2023-2024, confirme que de nombreux fongicides et insecticides chimiques traditionnels ne sont plus légalement utilisables par les jardiniers amateurs sur figuier.

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Concrètement, les anciens conseils de jardinage recommandant tel insecticide systémique contre la teigne du figuier ou tel fongicide de synthèse contre le chancre sont désormais obsolètes d’un point de vue légal. Avant d’acheter un produit en jardinerie, vérifiez qu’il porte la mention « emploi autorisé dans les jardins » (EAJ) et qu’il figure dans la base Anses pour l’usage visé.

Ce cadre réglementaire change la nature même du débat « bio ou chimique ». Pour un jardin familial, la voie chimique classique n’existe quasiment plus. La question devient : parmi les traitements encore autorisés, lesquels sont réellement efficaces sur les maladies du figuier ?

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Femme jardinière traitant un figuier malade avec un spray biologique dans un jardin potager

Bouillie bordelaise sur figuier : un traitement bio remis en question

La bouillie bordelaise reste le réflexe dominant. On la pulvérise sur les plaies de taille pour prévenir le chancre, on l’applique en fin d’hiver contre les maladies cryptogamiques. Elle est autorisée en agriculture biologique et accessible aux particuliers.

En revanche, son ingrédient actif, le cuivre, pose un problème de fond. L’INRAE et plusieurs chambres d’agriculture recommandent depuis 2022 de privilégier des stratégies « zéro cuivre » sur figuier dans les jardins privés. Le cuivre s’accumule dans le sol, perturbe l’activité microbienne et affecte les vers de terre. Les réglementations européennes sur les fongicides cupriques se durcissent progressivement.

Utiliser la bouillie bordelaise ponctuellement, sur une plaie de taille par exemple, reste une option défendable. Bâtir tout un programme de traitement annuel autour du cuivre l’est beaucoup moins, surtout quand des alternatives existent.

Les alternatives au cuivre qui fonctionnent en verger

Des essais de terrain menés dans des vergers méditerranéens, documentés par l’ITAB et des réseaux de producteurs bio depuis 2020, montrent des résultats intéressants avec plusieurs leviers combinés :

  • Les décoctions de prêle, appliquées en préventif au débourrement puis toutes les deux à trois semaines au printemps, renforcent les défenses naturelles du figuier contre les champignons grâce à leur teneur en silice
  • L’argile (kaolin) en pulvérisation foliaire crée une barrière physique qui gêne à la fois les spores fongiques et certains ravageurs comme la teigne du figuier adulte
  • Le purin d’ortie, utilisé en arrosage dilué, stimule la vie du sol et la vigueur générale de l’arbre, ce qui réduit sa vulnérabilité aux infections

Ces approches ne garantissent pas une efficacité comparable à un fongicide de synthèse sur une infection déclarée. Leur intérêt réside dans la prévention et dans le fait qu’elles n’appauvrissent pas le sol.

Irrigation du figuier et maladies cryptogamiques : le levier sous-estimé

Les publications techniques de l’ITAB et de réseaux de producteurs bio indiquent qu’un pilotage de l’irrigation réduit nettement l’incidence des maladies cryptogamiques du figuier, parfois autant qu’un programme de traitements à base de cuivre. La gestion de l’eau mérite pourtant autant d’attention que le choix du produit à pulvériser.

Le figuier supporte bien la sécheresse estivale. Ce qu’il supporte mal, c’est l’excès d’eau au printemps et en fin d’été, exactement les périodes où les champignons pathogènes prospèrent. Un sol gorgé d’eau autour du collet favorise le pourridié. Une humidité persistante sur le feuillage facilite la fumagine et d’autres maladies foliaires.

Adapter l’arrosage selon la saison

Au printemps, limitez les arrosages si le sol est déjà humide. En été, arrosez au pied et jamais sur le feuillage. En fin d’été, réduisez progressivement pour accompagner l’entrée en dormance. Un figuier correctement irrigué tombe moins malade qu’un figuier surarrosé traité au cuivre.

Le drainage joue aussi un rôle déterminant. Si votre figuier est planté dans un sol argileux et compact, un apport de matière organique en surface améliore la structure du sol sur le long terme et limite la stagnation d’eau.

Comparaison entre traitements biologiques et chimiques pour soigner les maladies du figuier, présentés en flat lay

Traitement de la teigne du figuier : le cas concret du bio

La teigne du figuier (Eutromula nemorana) est le ravageur le plus fréquemment signalé. Ses larves plient et trouent les feuilles, affaiblissent l’arbre et peuvent compromettre la récolte. Les insecticides chimiques autrefois utilisés contre elle ne sont plus accessibles aux particuliers.

Le Bacillus thuringiensis (Bt), une bactérie naturelle autorisée en bio, reste le traitement de référence contre les larves de teigne. Il s’applique par pulvérisation foliaire dès l’apparition des premiers symptômes (feuilles pliées, présence de petites chenilles vertes). Le Bt agit uniquement sur les larves qui ingèrent le produit, ce qui impose un bon timing et un renouvellement après la pluie.

Contre les adultes, les pièges à phéromones permettent de surveiller le vol et de réduire la population. Cette combinaison piégeage-Bt donne des résultats satisfaisants dans la majorité des jardins, sans résidu chimique sur les fruits.

Bio ou chimique : ce que le terrain montre réellement

Le débat « traitement bio ou chimique » sur figuier est en partie dépassé. La réglementation a tranché une bonne partie de la question pour les jardins privés en supprimant l’accès aux molécules de synthèse. L’efficacité des différentes approches biologiques varie selon le climat, le sol et le type de pathogène, mais un point fait consensus : la prévention par les pratiques culturales donne de meilleurs résultats que le traitement curatif, quelle que soit la méthode.

Tailler proprement avec des outils désinfectés, mastiquer les plaies, gérer l’eau, favoriser la biodiversité au pied de l’arbre (paillage, plantes compagnes) : ces gestes réduisent la pression parasitaire avant qu’un traitement ne devienne nécessaire. Quand il faut intervenir, la prêle, l’argile et le Bt couvrent l’essentiel des besoins du figuier au jardin, sans accumuler de cuivre ni enfreindre la loi.

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