Le fenouil ne laisse aucune chance : la chenille verte du Machaon s’y installe sans hésiter, même si d’autres aromatiques déploient leurs senteurs à proximité. Pourtant, le même insecte peut tourner le dos à la carotte ou au persil et préférer l’aneth, tout dépend de l’ambiance du jardin.
Des variétés pourtant proches, comme le céleri, restent boudées par la chenille. On pourrait croire à un caprice, mais la réalité suit des préférences tranchées, parfois inattendues. Cette sélection façonne la diversité des papillons qu’on observe, année après année, dans le moindre carré de verdure.
Machaon et chenilles vertes : comment les reconnaître et comprendre leurs besoins
Identifier une chenille machaon ne pose pas de réelles difficultés. Son vert éclatant se détache sur les feuillages, barré de lignes noires et de points orange, un motif qui ne passe pas inaperçu. Menacée, elle sort l’artillerie lourde : l’osmeterium, ces deux cornes oranges qui diffusent une odeur âcre, de quoi décourager oiseaux et guêpes parasites. Ce trait appartient à la famille Papilio machaon, parmi les papillons les plus admirés en France et en Europe.
Leur existence se découpe en quatre phases : œuf, chenille, chrysalide, adulte. À chaque étape, des exigences spécifiques se dessinent. La ponte n’a rien de hasardeux : seules certaines plantes hôtes conviennent, comme le fenouil sauvage, la carotte, la livèche, l’aneth ou le persil. La chenille papillon s’en nourrit exclusivement. Imposer un changement de plante en cours de croissance peut freiner, voire stopper son développement.
Dans leur milieu naturel, les chenilles vertes ne sont pas à l’abri : mouches parasites et oiseaux les guettent. Certains passionnés installent une boîte d’observation ou un set d’élevage pour suivre le parcours complet, de la diapause hivernale sous forme de chrysalide à l’émergence du papillon. D’autres espèces proches, comme Iphiclides podalirius ou Papilio alexanor, suivent des cycles comparables, mais s’attachent à des plantes ou régions différentes.
Le machaon agit comme un témoin silencieux de la qualité de l’environnement. Laisser un coin du jardin aux apiacées, c’est renforcer la biodiversité et permettre à ces espèces de papillons d’accomplir leur cycle, loin des pesticides et des interventions trop strictes.
Quelles plantes privilégier pour attirer papillons et chenilles au jardin ?
Pour observer la chenille verte du machaon ou ses cousines, le choix des plantes hôtes prime. Fenouil sauvage (Foeniculum vulgare), carotte sauvage (Daucus carota), livèche (Levisticum officinale), aneth, persil, cerfeuil : cet ensemble d’ombellifères forme un véritable buffet pour les chenilles. Leur installation au soleil, dans des zones peu perturbées, favorise la ponte et le développement des œufs.
Les papillons adultes puisent leur énergie dans le nectar de fleurs généreuses et faciles d’accès. Miser sur le buddleia, le lantana, l’asclépiade, mais aussi l’achillée, le trèfle, la lavande, l’eupatoire ou le cosmos permet d’étaler les ressources de la belle saison jusqu’à l’automne. On accompagne ainsi toutes les étapes, de la chenille à l’imago.
Voici quelques principes simples pour transformer un jardin en refuge à papillons :
- Misez sur la diversité pour multiplier les plantes hôtes : ajoutez des brassicas (choux) pour les piérides, de l’ortie pour le vulcain ou le paon-du-jour, du prunellier pour le flambé.
- Optez pour une gestion souple : bannissez les pesticides, limitez les coupes en fin d’hiver et préservez quelques zones de sol nu propices à la ponte.
- Installez des prairies fleuries et laissez s’élever les herbes hautes : elles abritent œufs et chenilles, les protégeant des prédateurs.
Favoriser la diversité des plantes, c’est créer les conditions d’un retour des papillons et de leurs chenilles. Un équilibre discret, fragile, mais capable d’offrir à chaque printemps un spectacle renouvelé.


